le retrait

Le retrait : une méthode à utiliser avec bienveillance

Certains parents ont déjà utilisé, ou envisagé d’utiliser le retrait : placer leur enfant à l’écart quelques minutes lorsqu’il a un comportement difficile. C’est une stratégie connue, mais qui ne fait pas l’unanimité. Certains experts la considèrent pertinente, d’autres s’en méfient. En réalité, tout dépend de comment et quand on l’utilise.

Je suis Jessica Rousseau, Éducatrice spécialisée et Coach parental. J’accompagne les parents qui veulent apaiser ou résoudre des défis de comportement (ou de sommeil) avec leurs enfants.

Dans cet article, nous allons voir ensemble ce qu’est réellement le retrait, ce qu’il n’est pas, à quel âge il peut être approprié, et surtout comment l’appliquer sans briser la connexion avec votre enfant. 

Vous y trouverez aussi des exemples concrets pour l’intégrer avec douceur dans votre quotidien familial.

 

Qu’est-ce que le retrait ?

Le retrait consiste à retirer un enfant d’une situation où il manifeste un comportement inapproprié pour l’installer dans un endroit calme et sécuritaire. L’objectif n’est pas de punir, mais de l’éloigner temporairement des stimulis qui alimentent sa réaction.

Exemple concret :
Votre enfant de 4 ans se met à hurler et à lancer des jouets parce que son frère a pris son camion préféré. Vous avez essayé de lui parler calmement et de lui proposer une alternative, mais rien n’y fait. Le retrait permet alors de lui offrir un petit espace où il pourra se calmer avant de revenir jouer. Vu ses 4 ans, vous pourriez vous placer à l’écart avec lui et reprendre votre intervention au moment approprié, une fois qu’il sera calmé.

 

Ce que le retrait n’est pas

Ce n’est pas une punition : l’idée n’est pas de « faire payer » l’enfant pour son comportement. Un retrait réussi se déroule dans un climat de calme, sans cris ni humiliation. Il s’agit plutôt de s’offrir un lieu calme pour redescendre d’émotions fortes ou parfois, de freiner un comportement violent.

 

Ce n’est pas une “période de réflexion”: les jeunes enfants (surtout avant 6 ans) n’ont pas encore la capacité de réfléchir immédiatement à ce qu’ils viennent de faire. Lorsqu’ils sont en pleine tempête émotionnelle, leur cerveau est submergé : ils ne peuvent pas analyser la situation, seulement ressentir.

Exemple : si un tout-petit vient de frapper un camarade lors d’une grosse colère, il ne pourra pas tout de suite être réceptif à votre discussion et encore moins ressentir le besoin de réparer comme vous souhaiteriez le lui demander. Il a surtout besoin d’un espace où ses émotions peuvent redescendre et tranquillement se reconnecter à sa raison. Une fois calmé, vous pourrez revenir sur les gestes de l’enfant, voir comment il peut réparer et les solutions pour éviter que ça se reproduise.

 

👉 Nuance: à partir de 7 ans et plus, on peut envisager un retrait pendant lequel l’enfant est seul comme une manière de poser une limite stricte quand il dépasse les bornes (coups, insultes,etc.). Nous pourrions donc avoir un processus connu des enfants qui exige un 5 minutes obligatoires à l’écart en cas de violence.

*Vous pourriez quand même rester à sa vue, selon le profil d’enfant que vous avez.

Au terme de ce 5 minutes, la vraie intervention commence ! On discute, on met au clair les règles de la maison et on voit comment l’enfant va résoudre son conflit avec la personne concernée. Il s’agit donc d’avoir une tolérance zéro pour la violence, surtout quand l’enfant n’est pas en situation de perte de contrôle mais plutôt dans l’intention de se venger ou de protester.

 

👉 C’est pourquoi avant 7 ans, le retrait est principalement un moyen d’aider l’enfant à revenir au calme en co-régulation avec son parent parce qu’il ne gère pas bien le tourbillon de ses émotions et il perd souvent le contrôle. Après 7 ans, l’enfant est plus apte à maîtriser ses réactions même si cela lui demande encore beaucoup d’efforts de retenu !

 

Ce n’est pas un isolement ou une lutte de pouvoir: il est important d’éviter de déplacer l’enfant dans les escaliers ou de le saisir de force, ce qui pourrait provoquer un accident. 

Si l’enfant est très agité et qu’il ne veut pas s’éloigner, il peut être préférable de demander aux autres d’aller ailleurs un moment, le temps de désamorcer la situation sans les spectateurs qui ajoutent une pression à l’enfant. Et qui dit pression dit émotions plus intenses (pour lui et pour vous!). Alors il vaut mieux, soit s’isoler soit faire sortir les autres !

 

Le retrait ne signifie pas de réprimer des pleures qui dérangent: isoler un enfant qui vit un trop-plein d’émotions après une grosse journée n’est pas approprié. Si vous avez envie de le mettre à l’écart parce que vous êtes tannés de l’entendre pleurer, cela ne l’aidera pas, au contraire. Il risque de se sentir incompris et rejeté alors qu’il a besoin de soutien et ses pleures vont augmenter (ou tourner en grosse colère!).

*À la place, aidez-le à vider son trop-plein d’émotions en acceptant les pleures (offrir des câlins!) et si le bruit intense perturbe les autres enfants de la famille, envoyez-les jouer plus loin ou déplacez-vous avec votre enfant dans les bras pour vous coller le temps qu’il en a besoin.

 

Comprendre ce qui se cache derrière un comportement

Les comportements inappropriés sont souvent un message codé :

  • Un enfant qui crie peut être frustré de ne pas réussir quelque chose.
  • Un enfant qui tape peut se sentir envahi ou impuissant.
  • Un enfant qui boude peut exprimer sa fatigue ou sa faim.

Dans ces moments-là, il n’a pas toujours les mots ni les outils pour dire : « Je suis frustré » ou « J’ai besoin d’aide ».

Exemple : plutôt que de simplement dire « Stop » ou « Va dans ta chambre », on peut nommer l’émotion :

« Je vois que tu es très en colère parce que ta tour est tombée. On va prendre un moment pour se calmer ensemble. »

Cela montre à l’enfant qu’on comprend ses besoins tout en gardant un cadre clair.

 

À quel âge utiliser le retrait ?

  • Avant 3 ans : déconseillé, car les jeunes enfants peuvent le percevoir comme un abandon. Ils ont encore besoin d’être physiquement proches d’un adulte pour se réguler.
  • De 3 à 6 ans : période où le retrait peut être utile si toutes les autres stratégies ont échoué et particulièrement s’il y a des batailles et des gestes de violence dans la fratrie. Séparer les enfants et faire un retour avec eux sera alors nécessaire.
  • De 7 à 12 ans : parfois efficace, mais plus l’enfant grandit, plus il utilisera sa chambre comme d’un refuge sans qu’on l’y envoie. Au besoin, il deviendra préférable de recourir à un retrait de privilèges (ex. : réduire le temps d’écran) ou à des solutions de coopération.

 

Le retrait… aussi pour les parents !

Oui, vous avez bien lu : le retrait peut aussi être un outil pour les grands.

Exemple : votre enfant refuse obstinément de mettre ses chaussures, vous sentez la colère monter. Plutôt que de crier, vous dites :

« Je suis en train de m’énerver, je vais prendre deux minutes pour respirer dans la cuisine. »

Vous montrez ainsi que prendre du recul est une façon saine de gérer une émotion forte. C’est un modèle puissant pour vos enfants.

 

Avant d’en arriver au retrait

Le retrait est une solution de dernier recours. Avant, vous pouvez :

  1. Vous mettre à sa hauteur et parler calmement.
  2. Formuler une demande claire : « Parle moins fort » plutôt que « Arrête de crier ».
  3. Donner un délai pour que l’enfant s’ajuste.
  4. Nommer l’émotion : « Tu as l’air frustré ».
  5. Offrir votre aide : « Veux-tu que je t’aide à trouver une solution ? »
  6. Ignorer un comportement mineur s’il n’est pas dangereux.

Ces gestes envoient le message : « Tes émotions sont valides, mais il y a des limites à respecter. »

 

Comment bien utiliser le retrait

1. Avant le retrait

  • Expliquez à l’avance quels comportements peuvent y mener (ex: coups et blessures entre frères et sœurs, insultes graves, etc.)
  • Gardez un ton neutre, sans colère, mais ferme.
  • Choisissez un endroit sécuritaire (un coin du salon, un tapis, un fauteuil…). Évitez les chaises!

2. Pendant le retrait

  • Durée : 2 à 5 minutes (pas besoin de calculer “une minute par âge”).
  • Restez à proximité, surtout si l’enfant est jeune.
  • Respectez s’il demande d’être seul, mais précisez que vous êtes juste à côté.

Exemple :

« Je vais m’asseoir sur le canapé. Quand tu seras prêt, tu peux venir me voir. »

3. Après le retrait

  • Reconnectez : un câlin, un regard doux.
  • Faites un bref retour : « Tu étais en colère et tu as poussé ta sœur. Taper n’est pas permis. La prochaine fois, tu peux dire “Stop” ou venir me voir. »
  • Terminez sur une note positive pour que l’enfant se sente aimé.

 

Quand éviter le retrait

  • Enfants avec difficultés d’attachement (ex. adoption, trouble d’attachement).
  • Enfants très anxieux, pour qui la séparation peut aggraver le stress.
  • Situations où l’enfant a surtout besoin de proximité pour se calmer.

 

Une technique qui divise

Le retrait est une pratique qui existe depuis longtemps dans les familles. Beaucoup d’entre nous se souviennent d’avoir été placés dans un coin ou envoyés dans leur chambre pendant l’enfance.

Aujourd’hui, les méthodes éducatives et les connaissances en neurosciences ont évolué. Nous comprenons mieux le développement de l’enfant et reconnaissons qu’il est un être humain à part entière, avec ses émotions, ses défis et ses besoins… malgré son immaturité et sa maladresse !

Le retrait, désormais, suscite débat et réflexion. Nous sommes loin de l’époque de nos parents, où il était souvent accompagné de peur, d’humiliation ou de menaces.

Aujourd’hui, cette méthode vise plutôt à accompagner l’enfant lorsqu’il vit un trop-plein, en l’éloignant des stimulis qui aggravent la situation, ou à poser une limite claire lors de comportements agressifs et inacceptables.

Il s’agit donc d’utiliser le retrait avec parcimonie, de façon appropriée et seulement dans des situations justifiées. S’il est réservé à des cas exceptionnels, c’est un bon indicateur de son usage correct. En revanche, s’il devient systématique, cela peut être un signal pour revoir vos méthodes ou envisager un accompagnement.

Rappel important !

Il est important de se rappeler que le retrait ne doit jamais être utilisé pour rejeter l’enfant ou le laisser seul dans son agitation émotionnelle. Vous pouvez l’accompagner, rester présent pendant la période de retrait ou, selon son âge, rester à proximité et disponible s’il a besoin de soutien.

 

En résumé

Le retrait peut être :

  • Un outil utile pour aider un enfant (ou un parent !) à retrouver son calme.
  • Une solution de dernier recours, jamais la première réaction.
  • Un moment de pause, pas une punition.

Et surtout… après le retrait, on reconnecte toujours. Car l’objectif n’est pas seulement de mettre fin à un comportement, mais d’aider l’enfant à grandir, comprendre ses émotions et se sentir aimé même dans les moments difficiles.

 

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Jessica Rousseau, Coach parental

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